Tragédie à Milot : 50 décès par intoxication

Tragédie à Milot: Plus de 50 décès par intoxication au ackee. 

Dr. Yves Renaud 
Port-au-Prince, 03/07/2001-[HOL]

On en est au cinquantième décès dans la terrible tragédie qui se déroule encore à Milot, dans le Nord d'Haiti. Plusieurs des victimes sont des enfants et auraient succombé après consommation du fruit tropical nommé AKEE. Lundi, le maire de Milot, Moïse Jean Charles a confirmé 5 nouveaux décès, ce qui porte à 50 le nombre de cas de mortalité vraisemblablement provoquée par l'intoxication à la phytoxine. Le maire de Milot annonce pour mercredi l'arrrivée d'une équipe d'épidémiologistes du CDC d'Atlanta. 

Chaque année, entre février-mars-avril, plusieurs enfants perdent la vie après avoir consommé le fruit couramment nommé "daki". Le "daki", ou akee est le fruit de l'arbre fruitier du même nom. Le akee (Blighia sapida) est originaire d'Afrique tropicale. Ce fruit a été introduit en Jamaique depuis la fin du 18eme siècle. Il s'est propagé dans les îles de la Caraibe, mais c'est en Jamaique qu'il est surtout consommé. Il est d'ailleurs le fruit national de la Jamaique et fait partie des ingrédients culinaires jamaicains. Son emploi dans l'art culinaire haitien est plutôt récent. 

  1. L'arbre 
    C'est un arbre de taille moyenne. 

  2. Le fruit 
    Le fruit a 3 valves. Il tourne au jaune et rouge quand il est bien mûr. Le fruit mature s'ouvre selon 3 sutures et expose 3 grandes graines noires et brillantes. Chacune de ces graines
    est recouvert d'un tégument. Le fruit se mange frais, ou encore cuit en légume.

    L'ackee non mûr complètement est dangereux et mortel car il contient un poison, une phytotoxine qui est l'hypoglycine A. Cette toxine hépatique hydrosoluble induit l'hypoglycémie foudroyante. L'hypoglycine A agit en empêchant la gluconéogenèse, la formation du glucose. 

    Risques: 

    Il est risqué de consommer la partie comestible de l'ackee quand le fruit n'est pas mûr naturellement. Les risques d'empoisonnement sont graves quand: 

    1) le fruit n'est pas mûr; 

    2) quand l'akee a été ouvert de force 

    3) quand l'eau de cuisson ou de nettoyage est consommée. 

     

Le Syndrome 

Les symptômes suivants sont notés dans la plupart des épidémies: vomissements incoercibles et mortels (77%), coma (26%), et crises convulsives (24%). 

Laboratoire 

Examen de labo: l'examen du sang confirme une hypologlycémie profonde. On observe dans la plupart des cas des niveaux de glucose du sang aussi bas que 3 mg/dl. 

Endémie/épidémie 

Le problème de l'intoxication au akee est endémique même en Jamaïque. En 1980 on avait enregistré 271 cas en Jamaique. L'intoxication à l'akee est connue depuis 1875 et les études cliniques et chimiques sont documentées depuis 1940. En Haiti, l'intoxication est épidémique et survient annuellement mais fatidiquement à la même saison. 

Le poison 

Le poison en cause est l'hypoglycine, qui est un amino-acide méthylcyclopropyl proprionique, surnommé hypoglycine A. La toxicité de cet aminoacide est réduite sous l'effet de la lumière. Quand le fruit mûr s'ouvre naturellement, il perd sa toxicité mortelle. Mais les graines sont toujours toxiques. Il faut prendre des précautions quand on retire la membrane rose-violette à côté de la graine. 

Il faut toujours faire attention à la maturité du fruit: pas mûr ou trop mûr, sa consommation peut être fatale et doit être interdite. 

Prévention et traitement 

L'urgence serait d'interdire la consommation de l'akee ou l'aki dans la région et d'administrer rapidement des solutés glucosés dès l'apparition des premiers symptômes de vomissements et des crises convulsives. Il est important d'entamer une campagne d'éducation sur la consommation d'un fruit si dangereux et de renouveler cette campagne annuellement entre décembre et février pour éviter la répétition d'une tragédie pourtant évitable. 

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